Mur blanc

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mercredi 14 mars 2007

Assumer la folie

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie. Pas tout de suite, du moins. Je l'ai décidé après avoir écouté les réflexions de deux amies, qui suivent avec moi un cours intitulé Exploration d'une pratique artistique.

Je leur parlais de mon projet, de mes sentiments face à mes poèmes, de ma démarche, de mes doutes. Je parlais de cohérence, de rationalité, de rétrospective.

Elles n'ont fait qu'écouter. Et, avec une désarmante simplicité, m'ont demandé pourquoi je tenais tant à créer un cadre rassurant pour tenter de contenir une multitude de poèmes qui, manifestement, ne faisaient sens que dans leur éparpillement, leur diversité, leur désordre, leur folie même. Pourquoi vouloir créer ce lien artificiel entre eux, pourquoi vouloir les organiser à tout prix, alors que ma pensée est fondamentalement morcelées, chaotique, parcellaire ?

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie. Pas tout de suite, du moins. Mais je vais faire un objet, une mise en page, en espace, je ne sais pas encore trop. J'ai des idées en vrac, qui me viennent comme je les aime. Je vais réaliser un objet poétique, qui laissera le lecteur libre de son chemin. Je vais donner à voir, à sentir et à toucher.

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie ; mais j'en garde le titre. Je vais essayer de fabriquer un support pour mes quelques bribes de folie.

mercredi 7 mars 2007

Questions pour un suppléant

J'ai participé aux sélections de Questions pour un Champion Spécial Grandes Écoles cet après-midi. Rapide. Efficace. Bien rodé. Ça commence par des problèmes techniques (micro qui ne fonctionne pas, coupure de courant), qui finissent par accumuler une bonne demie-heure de retard. Un peu plus même. Enfin, on entre dans le vif du sujet.

Trois manches :

  • une série de 50 questions faciles, de la culture très générale (pas ou peu d'actualités). Correction croisée (on s'échange les copies à la fin). L'occasion de confondre Tot et Osiris, d'ignorer le nom du dernier prix Nobel de la paix, de parler du singe crieur au lieu du singe hurleur, et de se souvenir in extremis de Durandal. Un honorable 41/50, qui me permet de rester pour la seconde manche (la limite approximative est 25/50, d'après un rapide sondage).
  • une série de 50 questions un peu plus difficiles, et faisant nettement plus à appel à des connaissances contemporaines. Même principe de correction. L'occasion, cette fois, d'ignorer le nom de Lily Allen et d'un paquet de sportifs de haut niveau, de confondre Yom Kippour avec Hanouka (en fait, je savais que ce n'était pas la bonne réponse, mais aucune autre fête juive ne me venait à l'esprit), de se planter sur les deux seules questions de mathématiques (niveau 3ème, même si l'une était piègeuse) ou de ne plus se rappeler que le piège à filles fait crac boum huuuu. Je m'en sors quand même avec un acceptable 36/50.
  • une feuille de description personnelle (situation familiale, taille) et de motivation à remplir, suivie d'un entretien public de 2 minutes pour montrer qu'on en veut. L'occasion d'être direct et précis, convaincant, mais égal à moi-même : futur chercheur, calme, concentré, idéaliste, habité de principes moraux. Pas forcément télégénique.

J'ai été désigné suppléant. Cela signifie que si l'un des 4 sélectionnés meurt d'ici le 22 avril, je prendrais sa place. Je remercie ici les élèves qui m'ont proposé gracieusement leurs services de tueur (pas à gages, du coup), mais ma moralité m'interdit d'y consentir.

Pour ce qui est des autres candidats, je commenterai impitoyablement leur prestation après la diffusion (courant mai). Pour l'instant, je me tiens à une prudente réserve. Naturellement comme dans toute population, il y en a que j'apprécie et d'autres que... enfin vous verrez bien par vous-même à la télé.

vendredi 2 mars 2007

Toucher du doigt l'infini

Un petit exercice intéressant[1], que Souffleur de Brume pourra peut-être mettre à profit lors de son prochain week-end d'intégration.

Nombre de personnes : 3
Préparatifs : les trois personnes se placent en triangle (logique) équilatéral (à peu près) d'un à deux mètres de côté (environ). Comme pour discuter, en somme.
Déroulement : une personne est désignée arbitrairement pour débuter. Elle se tourne vers l'un de ses deux partenaires, et lui demande Ça va ? ; puis, sans attendre de réponse, elle se tourne vers l'autre et lui demande : Et toi ?. Chaque personne qui se voit demander ça va ? ou et toi ? doit répondre bien à la personne qui le lui a demandé, puis à son tour poser la question aux deux autres.
Précisions : il est capital de mettre du dynamisme et de l'intention dans la réponse. Si la question a été posée vivement, répondre promptement ; tristement, avec affliction ; se tourner vraiment vers celui qui nous a posé la question, lui répondre personnellement, comme si la question était capitale. De même lorsqu'on pose la question aux autres.

Le lecteur mathématicien remarquera immédiatement la croissance exponentielle du nombre de questions, puisque toute réponse (bien) doit être suivie de deux questions (ça va, et toi). L'exercice est donc impossible. Et pourtant, le lecteur comédien réalisera l'exercice sans difficulté. L'astuce réside dans la présence d'éléments absorbants. Mais attention : il est capital de ne pas faire exprès d'oublier des réponses. Un observateur extérieur repérera immédiatement les tricheurs. Il faut être intimement persuadé que l'exercice est possible : c'est là que la magie opère.

Compter les questions ne sert à rien. C'est l'intention, l'implication qui compte.

Le gagnant est désigné par vote des spectateurs.

Si vous vous dites que l'exercice est sans intérêt, prenez le temps de trouver deux amis, et essayez-le pour voir. C'est extrêmement addictif.

Mise à jour : en réalité, on répond bien et non oui comme je l'avais écrit initialement.

Notes

[1] Découvert en cours d'impro.

mardi 23 janvier 2007

Canevas

Cet ave moins que latin
Que tu laissas s'envoler
Mourût avec le matin
Qui nous vit nous recroiser.

Atteignant la perfection,
Tu libéras un sourire
Engourdi par l'inaction,
Qui n'osait pas s'épanouir.

Quand les routes se décroisent,
Il arrive qu'elles tissent
Une étoile que reboise
Un éternel armistice.

mardi 16 janvier 2007

Sourire

Je t'ai rencontrée par hasard. À l'orée du métro.

« Bonjour.
--- Salut. »

Pour ce sourire. Pour cet instant fugace. Pour ce salut. Merci.

J'ai bien fait de t'écrire.

dimanche 14 janvier 2007

Rêver qu'on meurt

Rêver qu'on meurt. Sous une forte tension électrostatique. Sentir la douleur, sous les côtes. La difficulté de respirer, le coeur battant à tout rompre. L'implacabilité du décès.

Se réveiller. Mettre une bonne minute à se convaincre qu'on est bien en vie. S'ausculter consciencieusement, vérifier son pouls, ses poumons. Se calmer lentement.

Savourer d'être toujours en vie.

mardi 9 janvier 2007

Les passantes

Huit heure sept. Sur la dalle de béton, encore luisante de pluie sous les réverbères, dans le doux matin. Siffler les passantes. Croiser une jeune fille, qu'on connaît à peine. Elle, tendue, en route pour un examen ; moi, serein, rentrant chez moi. Lui sourire, imperceptiblement, encouragement tacite. Attraper du coin de l'oeil, sans s'arrêter, son sourire en réponse. Se sentir transporté par ce dialogue sans parole, cet instant suspendu, volé au temps.

Huit heure douze. À l'orée du métro. Rencontrer une autre demoiselle, qu'on connaît un peu mieux. Échanger une bise, quelques mots. La regarder partir, déçu.

Incontestablement, l'émotion la plus profonde est passée lors de la fraction de moment où l'on n'a rien dit à la première, se contentant de se comprendre au-delà des mots. Bonheur simple, bonheur dérisoire, peut-être. Mais au combien préférable à cette morne banalité, ces échanges vides de sens et remplis de conventions qui peuplent le quotidien.

Il faut s'entraîner à saisir ces instants au vol, s'entraîner à en profiter, et puis à les laisser repartir comme ils sont venus, par hasard. Il faut s'entraîner à siffler les passantes.

Des parfums et des visages

Sept heure quarante-six. Dans la rue. Sentir un parfum qu'on aurait cru ne jamais reconnaître, avoir oublié. Le parfum d'une fille en noir. Se demander si celle qu'on a connu en a changé, avec le temps.

S'étonner de ce lien si profond entre mémoire et odorat. Se rappeler s'être déjà demandé, par le passé, si telle ou telle fragrance, perçue au détour du chemin, était la même que celle qu'aujourd'hui, face à l'évidence, on est certain de reconnaître sans l'ombre d'une hésitation. Savoir qu'on s'était trompé, alors. Ne même pas savoir dire comment.

Se reposer une question maintes et maintes fois abordée : comment se fait-on que l'on puisse reconnaître, à plus de vingt mètres de distance, avec une totale certitude, une amie perdue de vue depuis un lustre, qui a non seulement changé depuis qu'on l'avait connu enfant, mais de plus déménagé, et qu'on ne devrait donc en aucun cas s'attendre à retrouver sur son chemin ?

Il va des parfums comme des visages : celui-là qu'on serait incapable de décrire, et qui même aura pu changer avec le temps, viendra réveiller, le jour où le hasard nous y confrontera à nouveau, l'empreinte qu'il a laissé en nous, et brillera de l'évidence de sa présence.

dimanche 31 décembre 2006

Parler de la mort

Parler de la mort avec sa grand-mère. Parler d'avenir, de science, d'informatique et de mathématiques. D'Einstein, de pi et de l'indécidabilité du problème de l'arrêt d'une machine de Turing. Tenter d'expliquer, sans succès. Se demander ce que deviendra le monde, l'humanité. Combien de temps elle échappera au cataclysme qui la détruira --- s'il se produit.

Parler de la mort, avec quelqu'un qui risque manifestement d'y être confronté avant moi. Mais n'en a pas la moindre envie non plus, contrairement à son défunt époux. Celui qui pensait que le temps est venu et que, passé un certain âge, il est bon de fermer la porte.

Parler de la mort. En avoir un peu moins peur.

mercredi 6 décembre 2006

Inscription

Je délaisse ce blog ces derniers temps. C'est normal, en même temps, peu de personnes le lisent, je suis très occupé, et puis c'est un blog, donc son espérance de vie est courte.

Néanmoins, une petite note pour vous dire que ça y est, je suis inscrit au concours d'entrée en troisième année à l'ENS de Cachan, section informatique.

Et que ça m'a fait tout drôle, de me retrouver devant la même interface qu'il y a deux ans, à répondre aux même questions, pour mes concours d'alors.

Vous pouvez retourner lire un site intéressant. Merci, et à bientôt.

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