Mur blanc

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 9 novembre 2006

Cécité

Exercice en cours d'improvisation théâtrale : quatre personnes se déplacent dans une pièce, les yeux fermés, une main en contact permanent avec le sol (on peut changer de main à volonté). Le but, dans le silence le plus total, est de toucher les autres, sans se faire toucher soi-même (un contact avant-bras contre avant-bras conduit à une élimination mutuelle et instantanée).

Je me suis retrouvé dans les deux derniers. Grand silence. Là, brutale poussée d'adrénaline. Pourtant, aucun risque, c'est un jeu. Un simple jeu. Et pourtant, je tremblais, aux aguets, nerveux, inquiet, traquant le moindre bruit. J'avançais prudemment, ou bien faisait du bruit et puis bougeait loin et en silence. Finalement, je ne sais pas trop qui a gagné ; le contact a été presque simultané, mais je crois que c'est l'autre qui avait pris l'intiative. Peu importe.

Durant ces quelques dizaines de secondes de cécité, dans un silence glacé, seul avec mes peurs, craignant et recherchant à la fois un autre que je savais dans la même attente que moi, pour le détruire, il s'est passé quelque chose d'indescriptible. J'ai recommencé l'exercice ensuite, et j'étais plus calme, plus déterminé. Finie, l'exaltation paniquée de la première fois.

Une expérience à l'état pur de la peur de l'inconnu.

lundi 6 novembre 2006

Métro, philo, dodo (5)

La morale, c'est toujours la morale des autres.
(Léo Ferré, Préface)

Remarques :

  • La citation exacte est : N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant avec la Morale, c'est que c'est toujours la Morale des autres.
  • J'ai été médisant : les petits trombonnes sont parfaits pour la ligne 6 (et même plus faciles à poser que sur la 8).
  • Pourquoi la vieille femme qui n'arrivait pas à lire mon message ne s'est-elle pas levée pour s'approcher, ou mieux, ne m'a-t-elle pas demandé ce que j'avais écrit ? J'avais de la peine à la voir plisser les yeux.

jeudi 2 novembre 2006

Métro, philo, dodo (4)

Pourquoi ces quatre mots ?

Remarques :

  • J'étais en costume-cravate et long manteau noir, rasé de près, cheveux coiffés et attachés. Le message a été laissé au milieu du wagon central, dans lequel je ne suis entré que le temps de l'accrocher (une station).
  • Penser à bien ouvrir le trombonne du côté "plafond", sinon il est difficile de le mettre en place (d'où des essais réitérés qui cassent un peu le côté « grande classe » du point précédent).
  • Le marqueur c'est bien mais un stylo-feutre serait sans doute mieux ; je vais tâcher d'en acheter un. Chercher également un papier un peu plus épais.

mardi 31 octobre 2006

Métro, philo, dodo (3)

Paradoxe du menteur :
Si je dis « Je suis un menteur », faut-il me croire ?
Si un homme politique dit : « Nous sommes tous des menteurs », que faut-il en penser ?

Remarques :

  • Le première question est indécidable[1] ; ce n'est pas le cas de la seconde[2].
  • J'utilise à présent des feuilles standardisées, dont le modèle est consultable en annexe. J'hésite entre recto simple et recto-verso. J'ai aussi un problème avec le stylo à utiliser et la taille du texte, mais j'y travaille.
  • J'ai une superbe boîte de trombonnes, mais ils sont un poil petit. Ça passe pour la ligne 8, ça sera trop juste pour la 6 (par exemple). Quant à la ligne 1, maudits soient ces rames modernes sans aucun point d'accroche.
  • C'est rigolo aussi de le faire à deux, en discutant avec la personne qui nous accompagne. C'est moins intéressant sur le plan de l'étude de ses propres émotions, mais étrangement le gens ont moins de scrupule à vous regarder avec réprobation quand vous n'êtes pas seul.

Notes

[1] À condition de prendre « être un menteur » comme conditon nécessaire et suffisante de mensonge, ce qui est contestable en général, mais valable si on se restreint au modèle de la question énoncée.

[2] Sous les mêmes hypothèses.

mardi 24 octobre 2006

Métro, philo, dodo (2)

Aujourd'hui, naturellement, je n'avais pas de trombonne. Et naturellement, je m'en suis rendu compte après avoir préparé mon papier.
Heureusement qu'on trouve de tout dans le métro parisien. En particulier, un trombonne qui trainait par terre sur le quai, tout exprès pour moi.

Attention, à l'avenir, à la ligne 6 : pas facile à attacher, sur un bord donc moins lisible (avec le foutu éclairage derrière, il faut du papier épais), et puis en plein dans la ventilation, bien serrer le trombonne. Cela dit, j'ai trouvé mon trombonne sur le quai de la 6, donc je n'avais plus trop le choix. Mais la 8, c'est mieux ©.
Et puis il y avait du monde, et on est plus serré dans la 6. Du coup, j'ai hésité un peu plus longtemps qu'hier. Mais plus de gens l'ont lu aussi.

J'oubliais... la citation du jour. Recto :

« Pour ces milliards de cons qui font la solitude...

Verso :

... Pour tout ça, le silence. »
(Léo Ferré, Requiem)

Pour ceux qui n'ont rien compris : je parle du projet MétroPhiloDodo

lundi 23 octobre 2006

Métro, philo, dodo (1)

J'ai laissé un papier suspendu au plafond du métro avec un trombonne, ce soir, en rentrant de l'école. J'avais écrit sur le recto

Il faut une première fois à tout.

et sur le verso

La fin est importante en toute chose.

Et en petit, en bas à droite, en guise de signature :

Métro, philo, dodo

Je me suis senti heureux. Depuis le temps que j'y pensais. Brutalement, j'ai su que c'était maintenant que je devais le faire. Un grand sourire est né sur mes lèvres.

Les gens étaient intrigués, je crois. Un bébé très amusé. Un homme a pris la peine de lire les messages avant de descendre. D'autres ont jeté des coups d'oeil réprobateurs, ou discrets.

Je vais recommencer. Il y a des choses à améliorer : le papier un peu plus grand, blanc, et un stylo-feutre plutôt qu'à bille. Mais je suis sur la bonne voie.

Merci à Fabien, qui m'a donné l'idée initiale sans le vouloir, et à Chloé, qui m'a conseillé pour la réalisation pratique.

jeudi 12 octobre 2006

Avoir peur

Relever ses mails. Nouveau message. Envoyé à 11h11. Ca ne s'invente pas. Boule dans le ventre, sentiment de vide, de malaise. La réponse est là, je vais savoir.

Pas envie de cliquer sur ce foutu mail. Foutu pour foutu... bon, j'y vais.

A tout à l'heure.

Vivement le mois de février (qui ne passera pas l'hiver)

Etre pressé. Monter les escaliers 2 à 2. De grands escaliers. Un étage, deux étages, trois étages. Arriver au quatrième. Prendre une grande respiration, pour retrouver son souffle. Dilater au maximum les milliers de petites alvéoles pulmonaires. Les emplir... de fumée de cigarette.

Tousser. Se maudire d'avoir oublié qu'au quatrième, le palier du grand escalier donne directement sur l'une des zones fumeur de l'école.

Penser : plus que quatre mois. Sourire.

Attente

48 heures, déjà. Un peu plus, même. 48 heures, et l'insupportable sentiment de ne rien pouvoir faire. La bouteille a été jetée, et reçue. Il y a 48 heures.

Comme une ultime chance, un combat rhétorique, une subtile argumentation juridique étayée de son mieux. Comme un espoir auquel on s'accroche désespérément, en se disant que l'on a envisagé toutes les possibilités, que l'on ne peut pas se tromper. Tout est là, sur le papier, sur le clavier, dans les photons et électrons. Tout a été dit, tout a été fait.

L'information est partie. Elle papillone de service en service, oubliée ici, reprise ailleurs, débattue, confrontée, évaluée. Elle est difforme, elle choque, elle indifère, elle passione peut-être. Là-bas. Ici, il n'y a que le silence, et l'attente de la réponse.

Ils disaient non, sans hésiter. Ils ne disent plus rien. Signe, présage ?

Penser, c'est aussi dire non au non. Et faire dire oui ?

lundi 9 octobre 2006

Relativiser

Maître Eolas nous rappelle dans un texte magnifique qu'aujourd'hui est le 25ème anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France.

Peu importent, l'espace d'un instant, les soucis, peines et malheurs quotidien. Le temps d'une longue respiration, celle qu'il faut pour lire cette reconstitution bouleversante, on se dit que, peut-être, en quelque sorte, le monde avance. Lentement. À reculons. Comme effrayé. Mais qu'il avance quand même. Et qu'il faut bien, nous aussi, trouver la force d'avancer. Pour sauvegarder les progrès durement acquis par nos parents, et en offrir d'autres à nos enfants.

J'ai peur, mais j'avance quand même. J'avance... car j'aime.
(Barbara)

Rien n'est jamais donné à l'homme
(Aragon)

- page 3 de 6 -