LQR, la propagande du quotidien
Par Gabriel Kerneis le vendredi 28 juillet 2006, 20:08 - Vu, lu, entendu - Lien permanent
Par Éric Hazan chez Raisons d'agir
ISBN 2-912107-29-6
Quatrième de couverture :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre. Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
Que penser de ce livre ?
Intéressant, incomplet, engagé, bouillonant.
L'auteur a une thèse, intéressante, et il la suit jusqu'au bout : il y a une langue du pouvoir, issue de la politique et de la publicité, qui se propage dans tous les domaines pour endormir le peuple, le rendre indifférent aux injustices et aux inégalités ; une langue qui gomme toute vélléité de rébellion et s'emploie à maintenir l'ordre ; une langue qui sert à maintenir l'ordre. M. Hazan, qui s'avoue volontiers lecteur de Foucault, critique à tour de bras et - parfois - semble voir le mal partout.
C'est le côté agaçant du livre : n'étant pas linguiste ni philologue, il n'adopte pas la rigueur scientifique qu'on attendrait dans un tel ouvrage (mais il a l'honnêteté de le dire lui-même dès le préambule). On sent l'homme engagé derrière l'auteur ; c'est souvent plaisant, mais on sent dans certains passages poindre la mauvaise foi, ou du moins une lecture très partiale du monde.
C'est paradoxalement ce qui fait également le côté passionnant du livre : la profusion des termes relevés et analysés, leur mise en relation, la variété des domaines traités : l'auteur nous force à un exercice permanent de notre esprit critique, à une remise en cause de nos évidences. On n'est, forcément, pas d'accord avec tout, mais il est impossible de n'être touché par rien, tant certaines analyses formalisent précisément un sentiment confus d'être trompé... au quotidien.
Malgré ses défauts, ce livre mérite d'être lu, ne serait-ce que pour se rappeler que les mots ont un sens, un poids, qu'aucun n'est neutre. Une évidence (?) trop souvent négligée.
Pièce jointe : notes de lecture (plan détaillé et éléments marquants).


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