Des parfums et des visages
Par Gabriel Kerneis le mardi 9 janvier 2007, 09:32 - Expériences - Lien permanent
Sept heure quarante-six. Dans la rue. Sentir un parfum qu'on aurait cru ne jamais reconnaître, avoir oublié. Le parfum d'une fille en noir. Se demander si celle qu'on a connu en a changé, avec le temps.
S'étonner de ce lien si profond entre mémoire et odorat. Se rappeler s'être déjà demandé, par le passé, si telle ou telle fragrance, perçue au détour du chemin, était la même que celle qu'aujourd'hui, face à l'évidence, on est certain de reconnaître sans l'ombre d'une hésitation. Savoir qu'on s'était trompé, alors. Ne même pas savoir dire comment.
Se reposer une question maintes et maintes fois abordée : comment se fait-on que l'on puisse reconnaître, à plus de vingt mètres de distance, avec une totale certitude, une amie perdue de vue depuis un lustre, qui a non seulement changé depuis qu'on l'avait connu enfant, mais de plus déménagé, et qu'on ne devrait donc en aucun cas s'attendre à retrouver sur son chemin ?
Il va des parfums comme des visages : celui-là qu'on serait incapable de décrire, et qui même aura pu changer avec le temps, viendra réveiller, le jour où le hasard nous y confrontera à nouveau, l'empreinte qu'il a laissé en nous, et brillera de l'évidence de sa présence.

