Les passantes
Par Gabriel Kerneis le mardi 9 janvier 2007, 09:46 - Expériences - Lien permanent
Huit heure sept. Sur la dalle de béton, encore luisante de pluie sous les réverbères, dans le doux matin. Siffler les passantes. Croiser une jeune fille, qu'on connaît à peine. Elle, tendue, en route pour un examen ; moi, serein, rentrant chez moi. Lui sourire, imperceptiblement, encouragement tacite. Attraper du coin de l'oeil, sans s'arrêter, son sourire en réponse. Se sentir transporté par ce dialogue sans parole, cet instant suspendu, volé au temps.
Huit heure douze. À l'orée du métro. Rencontrer une autre demoiselle, qu'on connaît un peu mieux. Échanger une bise, quelques mots. La regarder partir, déçu.
Incontestablement, l'émotion la plus profonde est passée lors de la fraction de moment où l'on n'a rien dit à la première, se contentant de se comprendre au-delà des mots. Bonheur simple, bonheur dérisoire, peut-être. Mais au combien préférable à cette morne banalité, ces échanges vides de sens et remplis de conventions qui peuplent le quotidien.
Il faut s'entraîner à saisir ces instants au vol, s'entraîner à en profiter, et puis à les laisser repartir comme ils sont venus, par hasard. Il faut s'entraîner à siffler les passantes.


Commentaires
En espérant que l'italique ne se perde pas dans la mise en application...