Richard Stallman, président de la FSF, vient parler de la GPL v3 à Télécom Paris.

18h00 : la conférence devrait commencer.
18h30 : un excellent pianiste nous gratifie de quelques tangos en attendant le conférencier.
18h50 : la conférence commence.
18h55 : le logiciel libre, c'est « Liberté, Égalité, Fraternité. »
19h00 : énoncé des 4 libertés fondamentales (suivez le lien si vous ne les connaissez pas, sinon vous ne comprendrez rien à la suite).
19h05 : la liberté numéro 2 est cruciale pour avoir le droit de redistribuer. Pour éviter des problèmes moraux, ou bien ne pas avoir d'amis, ou bien ne pas utiliser de programmes « privateurs » (comprendre, propriétaires).
19h07 : la liberté numéro 0 est cruciale pour avoir le contrôle de son propre ordinateur. Par exemple, « un éditeur que peut-être tu connais de nom, Microsoft Windows », fait de la surveillance de l'utilisateur.
19h09 : un autre problème est « la fonctionnalité de ne pas fonctionner », qui s'appelle aussi la Gestion Numérique de Restrictions (DRM, ou menottes numériques). Par exemple, quand l'ordinateur ne veut pas te copier un fichier, ou ne veut pas imprimer un fichier pour toi.
19h11 : évoque Defective by Design et appelle à la partition du public. Pour les francophones, voir StopDRM.
19h13 : la liberté numéro 1 protège contre un autre problème, les portes dérobées. « Un exemple de tel programme que l'on peut utiliser est Microsoft Windows. Et je ne dis pas "tu" car tu n'utiliserais pas un tel logiciel. » À mon avis, il y a un peu de FUD là (genre il parle de programmeurs Windows indiens qui auraient essayé de mettre une porte dérobée pour Al-Quaida ; la CIA est dans le coup aussi, évidemment ; on se calme, merci).
19h15 : on retrouve un peu de raison ; il existe des programmes privateurs qui incluent des fonctionnalités malveillantes et d'autres qui en sont exempts, mais on ne peut pas vérifier, on n'est donc jamais sûr. Par contre, la chose dont est sûr et contre laquelle on est aussi impuissant sans la liberté numéro 1, ce sont les bugs. « Tu es prisonnier de ton logiciel. » Même dans les logiciels libres, il y a des erreurs (nous sommes humains), mais tout le monde peut les corriger.
19h17 : « Nous ne pouvons pas nous rendre parfaits. Mais nous pouvons respecter ta liberté ; et voilà la différence. »
19h18 : la liberté numéro 1 ne suffit pas, car il y a trop de logiciels libres dans le monde pour pouvoir étudier personnellement le code source de tous ces logiciels. Pour avoir vraiment le contrôle de notre ordinateur, il faut la liberté numéro 3, celle de diffuser des copies des versions modifiées.
19h23 : si les utilisateurs n'ont pas les compétences, ils peuvent se constituer en association et payer des développeurs pour mettre en place les fonctionnalités qu'ils désirent. C'est une manière d'utiliser les 4 libertés même si on n'est pas capable de programmer. L'avantage est qu'on peut juger le travail des développeurs qu'on embauche, par exemple en inspectant le code source qu'ils auraient déjà écrit, pour d'autres logiciels libres.
19h25 : à l'inverse, l'utilisateur d'un logiciel privateur doit prier pour que le développeur ajoute des fonctionnalités.
19h28 : la seule façon d'échapper aux monopoles est de s'échapper des logiciels privateurs vers le logiciel libre. « Il n'est pas possible d'être libre dans le vieux monde du cyberespace où chaque programme a son seigneur qui domine ses utilisateurs. Pour être libre, il faut t'échapper. » Comme c'est un continent virtuel, il y a de la place pour tout le monde ; comme il n'y a pas d'indigènes, il n'y aura pas de problème de ce côté là.
19h30 : avoue qu'il est un peu dur d'oreille. Okay, ça n'a aucun intérêt, c'est pour rendre le compte-rendu plus vivant...
19h31 : si quelqu'un veut démontrer philosophiquement que la liberté n'est pas importante, il peut se restreindre à une portion de la liberté qui n'est pas très importante pour faire une fausse démonstration (par exemple, le droit de vote - ah bon, c'est pas important ?). Mais il ne faut se laisser prendre à ces sophismes.
19h32 : petit historique. 1983 : idée du logiciel libre dans sa tête.
19h35 : « si tu vois quelqu'un se noyer, et qu'il n'est pas Bush, tu as le devoir moral de le sauver. Non, j'exagère... il y en d'autres qui ne méritent pas d'être sauvés, dans le gouvernement américain. Et peut-être aussi en France. Son nom commence par S. (applaudissements) On m'a dit que c'est le caniche de Bush, ou le politichien. De toute façon, je ne sais pas nager. »
19h38 : revient à l'historique, parle de GNU. Il insiste sur le fait que GNU n'est PAS Unix (par définition, GNU's Not Unix), donc qu'il peut être libre - à l'époque, tous les unix étaient propriétaires.
19h40 : Il explique qu'il a choisi une architecture en micro-noyau pour le projet GNU afin de terminer plus rapidement le système d'exploitation, de débugguer plus facilement, etc. Il s'agit de Hurd, un noyau « qui fonctionne mais pas assez bien pour le recommander. » Heureusement, Linus Torvald a développé son propre noyau monolithique, au début non libre, puis publié sous GPL (en 1992). GNU/Linux était un système libre enfin complet.
19h45 : « Le but du projet GNU a été atteint... En même temps, l'utilisation de ce noyau Linux a déclenché une confusion. Beaucoup pensent que Linux est le système entier (...) et ne reconnaissent pas le grand travail du projet GNU qui a commencé une décennie avant. Mais il y a pire : ne pas nous reconnaître est ne pas reconnaître le rôle des droits de l'homme dans le développement du logiciel libre, car Monsieur Torvald n'était pas d'accord avec notre conception de "Liberté, Égalité, Fraternité". »
19h46 : il [Linus] a le droit à ses opinions mais il est injuste, et pire, dangereux, que notre travail serve à promouvoir ses convictions. Le peuple qui ne valorise pas sa liberté risque de la perdre, par exemple aux USA où nos élus nous ont privé de notre liberté au nom de nous protéger d'autre "ennemis secondaires". Il est donc important de connaître ses libertés pour les défendre.
19h50 : beaucoup d'utilisateurs de Linux ne comprennent pas que le projet GNU écrive des articles sur la philosophie du système, pensant qu'ils utilisent Linux... pas GNU ! Ils ne font pas le rapport.
19h51 : « je vous prie d'appeler le système GNU et Linux, et pas Linux tout court. Il faut une seconde pour dire "GNU et", ou "GNU /". En une seconde, tu ne peux pas expliquer la philosophie du logiciel libre. Mais en une seconde tu peux préparer les utilisateurs à recevoir la philosophie du logiciel libre, en les informant qu'ils sont utilisateurs du système GNU.»
19h52 : s'excuse de ses fautes de français (que je corrige autant que possible dans les citation que je retranscris ici).
19h53 : « (un portable sonne) Si vous avez un appareil de surveillance portable, merci de l'éteindre. Maintenant, ils savent que vous êtes ici. »
19h55 : face aux systèmes fermés, on est obligé de faire de l'ingénierie-inverse pour pouvoir dialoguer avec eux. On devrait boycotter ces matériels jusqu'à ce qu'ils publient les spécifications afin que l'on puisse écrire des pilotes libres ; mais nombre d'utilisateurs ne le font pas.
19h56 : attention, ne pas confondre « logiciel libre » et « open source » ; le second est un synonyme utilisé pour masque la portée en terme de droits de l'homme du logiciel libre.
19h57 : « Au lieu de "liberté, égalité, fraternité", ils disaient "efficacité, rentabilité, fiabilité". (...) Je crois que c'est bon d'avoir un programme techniquement meilleur, mais que c'est une question secondaire devant les droits de l'homme. »
20h01 : léger décrochage de ma part. Il est arrivé au DMCA, équivalent américain du DADVSI, sans que je comprenne trop comment. Ça trolle, ça parle toujours pas de la GPLv3, on s'est fait avoir. Petite digression sur les envies de domination des USA.
20h03 : suite logique, critique des brevets logiciels, autorisés aux USA, et qui reviennent à des brevets sur les idées. Il ajoute que la FFII, c'est bien. Je commente ce qu'il dit avec Corsac sur IRC, ça occupe.
20h05 : on passe à quelques questions annexes. Ça débute par l'économie du logiciel libre ; pour lui ça ne pose pas de problème (il faut dire que dans la pratique, ça se vérifie pas trop mal pour le moment). L'emploi du logiciel libre se trouve dans l'adaptation et l'extension des programmes.
20h09 : second thème secondaire, le logiciel libre et l'éducation. Les écoles ne devraient utiliser que du logiciel libre, pour quatre raisons :

  • faire des économies, raison évidente mais pas profonde ; certains éditeurs de logiciels privateurs fournissent des copies gratuites de leurs logiciels aux écoles
  • former des citoyens prêts à prendre part à une société libre, expliquer aux élèves qu'ils doivent partager leurs programmes
  • former des programmeurs compétents, dès le plus jeune âge
  • faire respecter les droits de l'homme

20h18 : il a terminé, il distribue des autocollants et il vend des pin's et des porte-clefs. D'abord session de questions/réponses.
20h19 : Q : où en est la GPLv3 ? à quoi sert-elle ? R : elle sera publiée dans 85 jours, avec publication d'un brouillon et d'un brouillon final dans l'intervalle. Nous attendons des critiques sur la section qui s'attaque au problème des brevets logiciels.
20h23 : Q : vous étiez à l'UNESCO tout à l'heure. Or Microsoft a invité des enseignants à l'UNESCO la semaine dernière. Qu'en pensez-vous ? R : je suppose que c'est une tentative d'instrumentaliser l'UNESCO au profit des éditeurs de logiciels privateurs.
20h24 : Q : quels sont les bénéfices de l'abandon de la propriété intellectuelle, à part l'éthique ? R : l'expression « propriété intellectuelle » est une confusion. C'est un concept flou qui regroupe les droits d'auteurs, les brevets, les marques, etc. Sujets qui n'ont rien en commun. Pour moi, il faut traiter ces problèmes séparément. Par exemple pour les brevets, je dis qu'il faut les abandonner seulement dans le champ informatique (et agriculture et pharmaceutiques, mais ce sont des problèmes totalement différents, et ce n'est qu'une opinion personnelle). Quant à la question de se faire payer pour développer du logiciel libre, si on ne trouve pas de boulot, on peut faire du logiciel non libre sur mesure pour manger, et faire du logiciel libre sur son temps libre. Il n'y a rien de mal. On peut avoir recours aux subventions de l'État aussi, pourquoi pas ?
20h30 : « Il ne faut pas dire "Solutions Linux" mais "Solutions GNU/Linux", c'est un nom erroné. »
20h32 : Q : faut-il appliquer les principes du logiciel libre aux sites webs ? R : je ne comprends pas vraiment à quoi cela correspondrait, il n'y a pas de code source à copier. Utilisons l'exemple de Google. Les programmes qu'ils utilisent sont libres, disponibles publiquement ou pas. Même si elles étaient disponibles publiquement, d'ailleurs, ça ne changerait rien : il faut disposer de la puissance de calcul associée. Idem pour Wikipedia.
20h37 : Q : avez-vous connu Seymour Papert au MIT, à propos des liens entre logiciel libre et éduction ? R : malheureusement, il a été blessé il y a quelques mois et maintenant n'est plus capable d'avoir des opinions conscientes. Je regrette de ne pas avoir eu l'occasion de le lui demander.
20h38 : (question incompréhensible à propos des liens entre matériel, logiciel, informatique embarquée... Très confus)
20h42 : Q : pourquoi ne pas choisir une licence plus libertaire que la GPL, qui a un caractère contaminant ? (sous-entendu : comme la BSD par exemple) R : c'est une fausse question. La GPL n'est contaminante que si l'on décide de copier un bout de code GPL. Si ça pose un problème, il n'y a qu'à pas utiliser de code sous GPL. Ceux qui nous critiquent ainsi sont pour les programmes privateurs. Sort un petit haiku en anglais pour exprimer la position de ses adversaires et trolle à mort. Comparaison à l'esclavage : il ne faut pas avoir le droit de se vendre en esclavage, cela garantit la liberté. La GPL c'est pareil : il faut protéger les utilisateurs pour les empêcher de vendre leur propre liberté. C'est le rôle de l'État.C'est ainsi que fonctionne le copy-left (ou « gauche d'auteur »).
20h47 : Q : y a-t-il des nations qui ont choisi la GPL ? R : pas exactement. Le problème, n'est pas de choisir la GPL spécifiquement, mais de choisir une licence libre en général. Cf. Pays-Bas, mais ils disent open-source et non pas logiciel libre. Voir aussi le Venezuela et d'autres.
20h50 : dernière question, car il a sommeil. Q : GNU/Hurd verra-t-il le jour ? R : peut-être. Mais même si ça n'est pas le cas, tant pis ; j'aimerais voir notre noyau fonctionner, bien sûr, mais ce n'est pas ce dont a besoin la communauté. La communauté a besoin que le noyau soit libre, pas forcément qu'il vienne de GNU. C'est bien ainsi.
20h52 : un autre intervenant fait une petite pub pour le mécénat global, une licence globale dont les internautes choisissent les destinataires (parmi musique, media, blogs). Évite les sondages, le flicage, et les DRMs. Stallman s'enflamme contre lui, ça parle en flame. Pour plus d'informations, http://mecenat-global.org (un site qu'il est moche).
20h55 : (applaudissements - vente et distributions d'autocollants et pin's)