Cyrano amputé à la Comédie
Par Gabriel Kerneis le vendredi 15 juin 2007, 21:49 - Vu, lu, entendu - Lien permanent
Je n'avais pas blogué à ce sujet après avoir été le voir. Je profite de sa diffusion sur France 2 pour dire ce que je pense du Cyrano de Bergerac de la Comédie Française mis en scène par Podalyès.
En fait, je ne m'étendrai pas. Vous lirez dans la presse ou sur Internet tout le bien qu'il convient de penser des décors et costumes inventifs, de la mise en scène brillante. Pour ma part, je déplore :
- les alexandrins qu'on tente de faire passer pour de la prose en cassant leur rythme
- et surtout, le texte amputé de nombreuses répliques ; c'était compréhensible pour la version cinématographique : c'est inadmissible pour celle de la Comédie Française.
Quelques exemples parmi d'autres :
Cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite
Et refaite cent fois, de sorte qu'elle est prête,
Et que mettant mon âme à côté du papier,
Je n'ai tout simplement qu'à la recopier.
a disparu, ainsi que :
LA COMEDIENNE, aux autres
Mais pourquoi sont-ils cent contre un pauvre poète ?
ce qui rend savoureuse la question de Cyrano, qui elle est maintenue, quelques vers plus loin :
Ne demandiez-vous pas pourquoi, mademoiselle,
Contre ce seul rimeur cent hommes furent mis ?
Bonjour la cohérence...
Et que penser encore de Roxane qui diérèse hier
dans :
Mais tout d'abord merci, car ce drôle, ce fat
Qu'au brave jeu d'épée, hier, vous avez fait mat
Pour une fois qu'on commençait à sentir le rythme dodécasyllabique, je vous jure que ça m'a choqué...
Sinon, le acteurs jouent bien. Mais je cherche encore une version intégrale du texte, en alexandrins. Ça ne doit pas être à la mode.


Commentaires
A propos de la "scansion" du texte (le mot est peut-être mal approprié, je viens de le trouver sur Wikipedia), je trouve pour ma part que de rythmer les vers sur leur longueur rend le jeu beaucoup moins naturel: en "cassant" le rythme, je pense qu'il est plus facile pour l'acteur de jouer son rôle de façon naturelle, et pour le spectateur d'en apprécier le contenue (si savoureux lorsqu'il s'agit de cette œuvre). Pour moi, une intonation trop prononcée transforme la pièce en une récitation.
Après tout, les rimes sont là pour nous rappeler la poésie du texte, alors pourquoi insister en plus sur la prononciation?