1. Comment vous vous sentez aujourd'hui ?
Le mauvais sujet repenti (Georges Brassens)

J'ai toujours été mauvais, au fond. J'ai décidé de changer. Comme je n'étais qu'un salaud, j'me fis honnête. Mais l'honnêteté, tous les jours, c'est lourd à porter. Je traîne ma repentance comme une croix, qui me grandit et m'accable. C'est peut-être pour ça que les gens m'appellent Jésus.

Ou alors c'est la barbe...

Interlude : Radhe Radhe (Kula Shaker)

2. Irez-vous loin dans la vie ?
Don Juan (Georges Brassens)

Comme Don Juan[1], j'irai loin. J'essayerai, du moins. Forcément. Parce qu'il faut tenter de défier les conventions, parce qu'il faut voir plus loin. Trahir, mentir, faire croire qu'on aime : ce ne sont que des méthodes pour lui, méthodes que je réprouve. Mais il y a un but plus noble, plus profond et sincère. Une quête d'absolu, un défi de la divinité, une soif de liberté. Et peut-être, comme Brassens croit le voir en lui, une certaine bonté.

3. Comment vos amis vous voient-ils ?
Soir de fête (Yann Tiersen)

Mes amis me voient enjoué. Au piano, je chante, je ris. Même triste, même inquiet, je pousse le bonheur dans ses derniers retranchements. Pour le forcer à se montrer. Même face à l'horreur de la mort, je vais chercher dans la poésie le courage de tenir encore un peu. Je tente de le transmettre, aussi.

Mais je ne danse pas. Les mots me suffisent.

4. Allez-vous vous marier ?
Le mal de vivre (Barbara)

Vivre seul, ça fait mal. Trop mal. Vivre à deux, bien sûr, c'est difficile. Se marier, c'est faire un choix, c'est renoncer à sa liberté. À une partie de celle-ci. Parfois, on se sent seul, infiniment seul. Parfois on voudrait être deux, et parfois non, au contraire, on aimerait partir au loin, seul, libre, au hasard.

Au hasard des musiques qui s'enchaînent, sans prévenir. Et puis un matin au réveil, c'est presque rien mais c'est là, ça vous émerveille au creux des reins... La joie de vivre.

5. Quelle est la chanson emblème de votre meilleur ami ?
Cut the crap (Alice in Videoland)

I love the way you like me,
The things you say about me.
I like you looking pretty though I look like hell.
I like it when you miss me.
I like it how you kiss me,
I like you looking after me though all is well.

Rien à ajouter. Sinon qu'on peut s'aimer aussi autrement qu'en faisant l'amour (je précise pour ceux qui auraient la curiosité malsaine d'aller lire l'intégralité des paroles).

6. C'est quoi, l'histoire de votre vie ?
L'enfance (Léo Ferré)

Pour l'instant, ma vie, c'est l'enfance dont je suis à peine sorti. Et dont j'essaye de garder l'innocence rapiécée.

7. C'était comment, le lycée ?
Mister the wind (Léo Ferré)

Un coup de vent, de cinq ans. Cinq ans au même endroit, cinq ans à avoir peur d'en passer six. Cinq ans de camarades tous envolés. Ou presque. Celui qui reste n'en est que plus précieux. C'est un ami.

8. Comment pouvez-vous avancer dans la vie ?
The Mallard (Carter Burwell - B.O. du film Fargo)

Comme un canard sauvage. Un colvert[2]. Je ne suis pas fait pour devenir un col blanc.

Interlude : Avec le temps (Léo Ferré)

9. Quelle est la meilleure chose à propos de vos amis ?
Conception (Keith Jarrett)

Leur conception de la vie, du monde. Et surtout le fait qu'ils n'hésitent pas à la partager, à la discuter, la remettre en cause tout en la défendant bec et ongles. Leur franchise. Leur beauté, comme seuls les amis peuvent l'être.

Beaux de sincérité.

10. Quoi de prévu ce week-end ?
Radiosong (Alice in Videoland)

Je m'enferme dans ma chambre parce que j'ai un foutu projet à finir. Je mets du rock nordique à fond, je rentre en transe et je code sans m'arrêter ni pour dormir ni pour manger. La radio devient ma force vitale ; la musique ma nourriture.

Ou alors je passe la nuit avec mon amoureuse. Et nous nous réveillons dimanche matin, au son de France Info, pour apprendre que Jean-Marie Le Pen est mort dans la nuit. Il y a des choses qui mettent de bonne humeur pour la journée ; toutes les radios passeraient y'a d'la joie pour la peine.

11. Pour décrire vos grands-parents ?
Please Be Kind (Reinhardt & Grappelly)

Mes grands-parents sont la gentillesse et l'attention même. Ceux qui restent comme celui qui est parti. Et même quand ils se cachent sous des dehors de sévérité, dans ces moments où l'on se prendrait à leur dire s'il-te-plaît, sois gentil.

La plupart du temps, ce n'est même pas la peine.

12. Comment va votre vie ?
L'oppression (Léo Ferré)

Vivre, c'est être oppressé. Par les autres, souvent. Par soi-même, toujours. Ces contraintes, ces exigences qu'on s'impose. Ces peurs, qu'il faut combattre, on apprivoiser.

Et puis le pouvoir, avec ces lois qui t'embarrassent au point de les nier. Lui aussi, il est oppressant.

Il faut espérer.

13. Quelle chanson jouera-t-on à votre enterrement ?
Au suivant (Jacques Brel)

Je n'ai pas envie de mourir, DieuSatan sait que non. Mais quitte à être dans la merde, autant ne pas y être seul. Ça rassure un peu (mais à peine) de se dire que l'humanité entière (soit la bagatelle de 6 milliards d'êtres humains), et même plus, me suivra en moins d'un siècle. Grosso modo, hein.

Et puis faudra bien faire rire les copains tristes...

14. Comment le monde vous voit-il ?
Now At Last (Feist)

Comme un fou solitaire.

Now at last I know
What a fool I've been

Incompréhensible, perdu. Mais cherchant désespérément la lumière. Et, croyant l'avoir trouvée, tentant de la raviver. Pour qu'elle soit heureuse. Now at last...

15. Aurez-vous une vie heureuse ?
Honeysuckle Rose (Reinhardt & Grappelly)

C'est la musique du bonheur. Point-barre.

Nan, mais sérieux. Écoutez trente seconde cette ligne mélodique épurée. Le titre lui-même sonne comme un appel à l'amour, à la félicité. Et ça swingue, et ça tangue. Finalement, il m'arrive de danser.

16. Qu'est-ce que vos amis pensent vraiment de vous ?
Dance With Me (Alice in Videoland)

Ils aimeraient me voir danser. Ils n'aiment pas me voir malheureux, quand tout le monde danse et que je reste à l'écart. Mais je ne suis pas forcément triste. Je suis juste différent, j'aime bien penser, rêver. Danser seul, parfois, pourquoi pas. Mais danser à deux ?

À moins que l'amour, avec ses espoirs et ses déceptions, ne soit la danse par excellence, celle que l'on esquisse sans jamais l'avoir apprise tout au long de sa vie.

17. Est-ce que les gens vous désirent secrètement ?
Comme à Ostende (Léo Ferré)

C'est comme à Ostende. Elle m'a demandé si je l'aimais. M'a avoué son secret. Puis s'est enfuie. Maintenant qu'elle l'avait dit, ce n'était plus un secret.

Je suis resté seul, à Ostende. Tous les gars de la bande se sont perdus, de toute manière. C'était un mois de septembre pourri.

18. Comment me rendre moi-même heureux ?
Paris spleen (Léo Ferré)

Déambuler dans Paris. Traquer, un peu triste, de vieux souvenir. Rentrer chez soi, retrouver son amoureuse, se blottir contre elle. Savourer l'instant présent.

Il y a du bonheur dans chaque instant de tristesse. Ça doit être l'espérance du réconfort à venir.

19. Qu'est-ce que vous devriez faire de votre vie ?
Putain de toi (Georges Brassens)

Dire un peu moins de gros mots. Et un peu plus mes émotions.

20. Aurez-vous des enfants un jour ?
When I Was A Young Girl (Feist)

Les filles sont conditionnés à avoir des enfants, me disait mon amoureuse l'autre jour. Toute leur enfance, on les fait jouer à la poupée, leurs mères leur parlent de la grossesse, elles s'interrogent sur ce petit être qu'elles pourraient porter un jour.

Moi ça me ferait flipper d'être enceinte. Heureusement que je suis un garçon.

21. Sur quelle chanson feriez-vous un strip-tease ?
Une petite cantate (Barbara)

Une chanson d'adieu, pour quelqu'un qu'on ne reverra plus. Quelqu'un devant qui on se met à nu, livrant toute sa détresse de le savoir parti à jamais. Quelqu'un qui n'entend plus.

Et la pluie, et les vagues, et le vent lavent ma douleur.

22. Si un homme dans une camionnette vous offrait un bonbon, que feriez-vous ?
Colombine (Georges Brassens)

Je lui foutrais mon poing dans la gueule (question conne, chanson conne, réponse conne ; fallait pas me chercher).

23. Qu'est-ce que votre maman pense de vous ?
Le testament (Georges Brassens)

Ça se comprend, en même temps. Elle est quand même bénéficiaire à 50% de mon contrat d'assurance-vie, en cas de décès.

Enfin, pour le fric qu'il y a dessus...

24. Quel est votre plus sombre secret ?
Les albatros (Léo Ferré)

Je suis un poète maudit. J'ai fait semblant de vouloir devenir ingénieur, mais au fond, la poésie est toute ma vie.

Ou plutôt, un moyen de supporter la vie.

25. Quelle est la chanson emblématique de votre ennemi mortel ?
Guilty (Yann Tiersen)

Coupable, forcément. Mais déjà puni, ne vous inquiétez pas. Il y a des malentendus qu'il est bon de ne pas laisser traîner trop longtemps.

Je l'ai laissé à pourrir dans le désert. Les vautours ont eu l'air d'aimer. Quand je vous dis qu'il ne faut pas me chercher...

26. Quelle est votre personnalité ?
Histoire de faussaire (Georges Brassens)

Je suis un peu menteur. Comme tout le monde. Mais j'y prends plaisir. Pas pour tromper les gens. Juste pour inventer des histoires, créer des univers. Pour rêver, m'évader, changer le monde. Pour la beauté d'une pierre artificielle, qui brillerait comme un diamant.

Peu importe la matière. Si tout n'est qu'illusion, autant qu'elle soit admirable.

27. Quelle chanson jouera-t-on à votre mariage ? (Heureusement que je ne suis pas tombé sur la non-demande en mariage à la question 4.)
Cannes la braguette (Léo Ferré)

Ah, ah, ah ! J'ai des cannois dans ma famille, je doute qu'ils apprécieraient. Mais ça vaudrait franchement le détour : il est bon ce regard acide de Ferré, quand tu oses l'affronter, pour te remettre en question.

Postlude : Saturne (Georges Brassens)

Mes excuses pour certaines questions un peu bâclées, mais l'inspiration m'a cruellement manqué. Bon courage à ceux qui voudront se frotter à l'exercice.

Notes

[1] Je parle de celui de Molière

[2] Mallard signifie canard colvert, en anglais.