Mur blanc

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vendredi 16 mars 2007

Magie

Hier soir, comme chaque jeudi, je suis allé avec des amis dans un pub. Et comme chaque jeudi, un prestidigitateur, Gary the magician, passait de table en table faire des tours de cartes et de pièces. Hier soir, pour la première fois, j'ai compris comment il faisait la plupart de ses tours[1]. Et j'ai parlé avec lui.

Il n'utilise que des techniques anciennes, classiques, éprouvées. Mais il les maîtrise merveilleusement bien. Il connaît tout un éventail de méthodes pour contrôler la position d'une carte dans le jeu, et aucune que j'ai réussi à déceler (je savais quand il le faisait, mais j'avais beau regarder, je ne voyais pas comment ça se passait). Surtout, il va vite, très vite, incroyablement vite ; et il détourne parfaitement l'attention du spectateur.

Mais là où il m'a vraiment soufflé, c'est dans un tour de modification a vue du carte. L'effet tient en trois phrases : une carte est piochée par le spectateur puis remise dans le jeu ; une autre est posée face visible sur la table ; puis, en un claquement de doigts, la carte sur la table se transforme en la carte du spectateur. L'explication ne prend pas plus de place[2]. Naturellement, le jeu n'est pas truqué (ce serait trop simple). Et bien ce simple tour, dont l'explication tient en trois phrases, ce tour merveilleux de simplicité, d'évidence, de force visuelle, Gary l'a travaillé pendant... deux ans avant de le faire en public !

Rêveur, je suis reparti avec le vieux jeu qu'il m'a offert. Un jeu où il manque deux valets, un dix et un huit. Un jeu avec deux rois de pique.

Notes

[1] Il faut savoir que j'ai pris des cours de magie, il y a de nombreuses années.

[2] Inutile d'insister, je me suis engagé à ne pas le révéler.

mercredi 14 mars 2007

Assumer la folie

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie. Pas tout de suite, du moins. Je l'ai décidé après avoir écouté les réflexions de deux amies, qui suivent avec moi un cours intitulé Exploration d'une pratique artistique.

Je leur parlais de mon projet, de mes sentiments face à mes poèmes, de ma démarche, de mes doutes. Je parlais de cohérence, de rationalité, de rétrospective.

Elles n'ont fait qu'écouter. Et, avec une désarmante simplicité, m'ont demandé pourquoi je tenais tant à créer un cadre rassurant pour tenter de contenir une multitude de poèmes qui, manifestement, ne faisaient sens que dans leur éparpillement, leur diversité, leur désordre, leur folie même. Pourquoi vouloir créer ce lien artificiel entre eux, pourquoi vouloir les organiser à tout prix, alors que ma pensée est fondamentalement morcelées, chaotique, parcellaire ?

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie. Pas tout de suite, du moins. Mais je vais faire un objet, une mise en page, en espace, je ne sais pas encore trop. J'ai des idées en vrac, qui me viennent comme je les aime. Je vais réaliser un objet poétique, qui laissera le lecteur libre de son chemin. Je vais donner à voir, à sentir et à toucher.

Je n'éditerai pas de second recueil de poésie ; mais j'en garde le titre. Je vais essayer de fabriquer un support pour mes quelques bribes de folie.

mardi 10 octobre 2006

« Penser, c'est dire non » (explication de texte)

Suite à l'afflux de requêtes (google) pour une explication de texte sur la célèbre citation d'Alain Penser, c'est dire non, voici, pour ne pas décevoir les internautes avides de savoir, une petite interprétation. Elle est personnelle et je ne suis pas plus professeur de philosophie que vous[1] ; ce ne sont donc que des pistes de réflexion, sans prétention à une quelconque vérité.

Notes

[1] Si vous êtes professeur de philosophie, je serais honoré de recevoir vos commentaires.

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vendredi 15 septembre 2006

Umberto Ecco

Ce matin, Umberto Ecco était invité sur France Inter. La question n'est pas de savoir si on l'aime ou pas. C'est juste que le monsieur a dit deux choses très justes, et rares. Tellement qu'elles valent la peine d'être répétées ici.

Sur les statistiques d'abord :

Des études ont montré que les malades d'Alzheimer sont majoritairement non fumeurs. Une hypothèse est que fumer diminue les risques d'avoir cette maladie. Une autre hypothèse est que les fumeurs meurent avant d'être assez vieux pour avoir cette maladie.[1]

Sur l'ignorance ensuite ; à une question à propos de l'Amérique du Sud, il a eu l'humilité de répondre :

C'est une question trop complexe pour moi.

Peu de gens ont cette franchise, dès lors qu'ils ont l'occasion de s'exprimer sur la place publique (ou ailleurs).

Notes

[1] Peu importe que les études en question soient vraies ou fausses. L'intérêt est de faire sentir la différence entre corrélation et implication.

vendredi 28 juillet 2006

LQR, la propagande du quotidien

Par Éric Hazan chez Raisons d'agir
ISBN 2-912107-29-6

Quatrième de couverture :

De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre. Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des « valeurs universelles » et de la « lutte antiterroriste ». Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.

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jeudi 27 juillet 2006

Merci

Merci à celui qui m'a volé ma roue arrière de vélo pour m'avoir ouvert les yeux. Je pensais que cela était trop compliqué pour que quelqu'un prenne la peine de le faire. C'est en fait extrêment simple. Il est bon de remettre en cause les évidences les plus anodines.

Merci à celui qui m'a rendu ma roue arrière de vélo ; j'avais beau prendre ce vol avec un grand détachement, elle me sera rudement utile.

Tout de même... Se donner tant de mal, avoir les doigts pleins de cambouis, de nuit, sous une pluie battante, juste pour démonter une roue et la jeter dans les buissons avoisinants. L'âme de certains individus m'empêchera toujours de croire tout à fait en Dieu. (Léo Ferré, Et... basta !)

PS : merci aussi à mon réparateur de vélos qui m'a gracieusement remplacé le petit ressort que je n'étais pas parvenu à retrouver dans les buissons.

mercredi 19 juillet 2006

Surprendre une vendeuse

Il y a quelques jours, à la FNAC junior :

Bonjour, je voudrais des Kapla s'il-vous-plaît.
- Oui. C'est pour un enfant de quel âge ?
- C'est pour l'anniversaire de mon fils, il a vingt-et-un ans. Il en voudrait 600.
- Ah bon... Ça fait beaucoup vous savez.
- Oh, il sait très bien ce qu'il veut, ne vous inquiétez pas.
- Il est étudiant ?
- Oui, en école d'ingénieur.
- Ah ! De quoi ?
- De télécommunications.
- Ah... conclut la vendeuse, visiblement déçue de ne pas s'entendre répondre « ponts et chaussées », ce qui aurait pu justifier cet achat étrange.

Il est bon de remettre en cause les évidences les plus anodines. Une façon de transmettre l'étonnement quotidien.