Exercice en cours d'improvisation théâtrale : quatre personnes se
déplacent dans une pièce, les yeux fermés, une main en contact permanent avec
le sol (on peut changer de main à volonté). Le but, dans le silence le plus
total, est de toucher les autres, sans se faire toucher soi-même (un contact
avant-bras contre avant-bras conduit à une élimination mutuelle et
instantanée).
Je me suis retrouvé dans les deux derniers. Grand silence. Là, brutale
poussée d'adrénaline. Pourtant, aucun risque, c'est un jeu. Un simple jeu. Et
pourtant, je tremblais, aux aguets, nerveux, inquiet, traquant le moindre
bruit. J'avançais prudemment, ou bien faisait du bruit et puis bougeait loin et
en silence. Finalement, je ne sais pas trop qui a gagné ; le contact a été
presque simultané, mais je crois que c'est l'autre qui avait pris l'intiative.
Peu importe.
Durant ces quelques dizaines de secondes de cécité, dans un silence glacé,
seul avec mes peurs, craignant et recherchant à la fois un autre que je savais
dans la même attente que moi, pour le détruire, il s'est passé quelque chose
d'indescriptible. J'ai recommencé l'exercice ensuite, et j'étais plus calme,
plus déterminé. Finie, l'exaltation paniquée de la première fois.
Une expérience à l'état pur de la peur de l'inconnu.